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le 10/07/2022 à 11h14

Externalisation des contenus, prix du papier, concurrence des influenceurs, manque de prospects : les médias spécialisés sont gris malgré l’engouement du secteur et la croissance des ventes.

Le paradoxe est cruel. Alors que le marché du jeu vidéo se développe à l’international d’année en année et a dépassé les industries de la musique et du cinéma en termes de revenus, les médias professionnels peinent toujours à survivre tandis que leurs journalistes s’inquiètent pour l’avenir. Dernier exemple en date, l’annonce fin juin par TF1 de la cession de sa division numérique Unify à Reworld Media (Auto Plus, Grazia, Science & Vie) a fait grand bruit dans le monde du jeu vidéo et attisé les craintes pour les l’avenir de Gamekult, l’un des médias de référence en France.

Lancé en 2000, le site spécialisé reste apprécié par sa communauté de lecteurs et d’abonnés, qui l’identifie comme l’un des rares dédiés à l’industrie du jeu vidéo. Entré dans le jeu vidéo fin 2021 avec le rachat de Melty (La Crème du Gaming, SuperSoluce et GameLove), Reworld a accéléré en début d’année avec le rachat d’Eclypsia, marque historique de l’eSport, et de JeuVideo-Live.com. plutôt généraliste. Auparavant, en 2019, Reworld a également accueilli le magazine scientifique populaire Science & La vie, qui a conduit à la démission de la quasi-totalité des rédactions en mars 2021, s’est inquiétée de l’indépendance et de la qualité du titre et de l’externalisation croissante des productions.

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culte de la réussite

culte de la réussite

Une réputation qui ne rassure pas les journalistes de la division Unify. « Reworld va inévitablement s’immiscer dans leurs affaires », a déclaré à l’AFP un responsable du groupe de presse sous couvert d’anonymat. Les méthodes visant à transformer le plus rapidement possible des emplacements achetés à rabais en un emplacement rentable peinent à s’imposer. « Le site de La Crème du Gaming est dégueulasse, il y a des pubs partout, plein de bugs » et « comme tout est sous-traité à Reworld, ça ne sert à rien de le signaler », précise la même source.

Le groupe Reworld entend prendre la deuxième place du podium français du jeu vidéo d’ici cinq ans, occupé aujourd’hui par Webedia avec le portail JeuxVideos.com ou Breakflip, propriété de l’agence de communication WSC. « Reworld se présente comme une énorme structure, mais en interne c’est souvent encore très amateur », appuie un autre salarié du groupe. Presque chaque semaine, quelqu’un démissionne ou s’épuise », dit-il. A cela s’ajoutent les retards de paiement des journalistes indépendants.

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Interrogé à ce sujet, le co-fondateur de Reworld, Jérémy Parola, reconnaît « quelques défauts de paiement » mais défend « la plateforme technique et la puissance publicitaire du groupe » qui lui permettent « d’être plus efficace » faute d' »une recette miracle éditoriale ». Le dirigeant tient également à rassurer sur l’unicité de Gamekult et ses 12 000 abonnés. « Le modèle payant est ultra vertueux, assure-t-il, à condition qu’il passe par la création de nouveaux services pour donner envie aux abonnés de payer un peu plus ».

Travailler en mode difficile

Les équipes de Gamekult contactées n’ont pas répondu aux sollicitations de l’AFP. Selon Valentin Cébo, qui a quitté la rédaction au printemps, des « signes inquiétants » étaient déjà apparus avec la fusion annoncée de Gamekult et du portail tech Les Numériques et avec le déménagement de la rédaction dans la Tour TF1 à Boulogne. Billanhof. .

L’inquiétude des journalistes est renforcée par l’accélération des difficultés des médias dans le secteur : le magazine Canard PC a annoncé fin juin qu’en raison de l’explosion du prix du papier, il devait réduire son nombre de pages et supprimer 3 posts. En 2021, six ans après une première fermeture, Jeuxvideo.fr, propriété de Clubic, a été relancé et arrêté en mai, exactement 7 ans jour pour jour après sa précédente déception.

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Selon un représentant français d’un grand éditeur de jeux, « la presse spécialisée est toujours celle qui structure les histoires. Mais de nouveaux médias ont fait leur apparition », notamment la vidéo. Cela a transformé des monteurs en vidéastes, comme Julien Chièze et Carole Quintaine (plus de 800 000 abonnés sur YouTube) ou Gauthier Andres (Gautoz) sur Twitch.

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